And if you see my reflection in the snow
Quand on vous a habitué depuis l'âge de deux ans à changer de ville aussi souvent que possible, très vite des expressions telles que "point d'attache" ou encore "maison" n'ont soit parfois jamais sens, soit au contraire le prennent tout entier dans certains moments. Et j'y ai pris goût. Je me souviens de l'un des plus grands changements qui nous soient jamais passé par la tête. J'ai beau avoir peu de souvenir d'un nombre incalculable de choses, je me souviens des moindres détails de ce moment. Je me souviens de ma mère au travail. De mon père en vacances qui s'occupe de ma soeur et moi, et de ce même père faire tout son possible pour nous divertir. A vrai dire, je viens de réaliser qu'il avait peut être en tête toute cette histoire et qu'en fait, il essayait de rendre nos derniers moments là bas aussi agréables que possible. Toujours est il que je me souviens de ces séances de cinéma. Et de ce mercredi, du moins je crois que c'était un mercredi. Ma soeur et moi en train de regarder la télévision, et notre père de nous appeler. Je me souviens du regard que l'on s'est tous deux lancés : "qu'est ce qu'on a fait? Qu'est ce que tu as fait?!" Je me souviens qu'il nous a fait asseoir. Et qu'ensuite, il a simplement lancé cette phrase :
-Vous voulez vivre en Amérique du Sud?
Je me souviens aussi d'avoir cherché l'Amérique du Sud sur une carte. Mais pas tout de suite. J'ai tout de suite dit oui. Pour la première fois aujourd'hui je pense à tout le temps pendant lequel mon père a dû chercher la bonne façon de nous l'annoncer. On avait déjà déménagé, sur d'assez grandes distances toujours, mais là c'était massif. Et c'est vrai que je n'y avais jamais pensé. Je me souviens que j'étais très enthousiaste, tant que je me suis dit que ce serait une bonne idée d'aller déjeuner avec ma mère et qu'on lui annonce tous les trois. Je me souviens aussi de ses larmes. Et c'est là que cette question stupide m'est venue à l'esprit : "Mais c'est où l'Amérique??"
Jamais je n'avais songé que l'on quitterait la France. Et pourtant j'étais toujours aussi excité. Et je me souviens aussi des larmes de ma mère quand nous avons quitté l'Amérique pour revenir ici, en France. En fait, je crois que j'ai été conditionné pour le changement. Ce qui n'est pas qu'une mauvaise chose en soi, je veux dire, pensez à la faculté d'adaptation, à l'ouverture d'esprit et à l'aisance que tous ces changements m'ont transmis. Ils m'ont forgé pour sûr, et ont fait de moi ce que je suis. Cependant, ils ont aussi laissé cette partie solitaire, celle qui s'en sort sans personne et qui a tendance à tout tuer quand on entre dans la catégorie relations. Tant habitué à voir de nouvelles têtes, je reste rarement ancré à un groupe, je vadrouille d'un gang à un autre, chose qui est aisée pour moi mais qui laisse rarement ceux que je quitte de bonne humeur et enclin à me laisser une chance de revenir prendre une place quelques temps plus tard. Et c'est une chose que je ne peux expliquer à personne, car je suis bien souvent seul à me comprendre sur ce plan là.
Les nouvelles têtes ne le demeurent qu'une journée. Après elles ne sont que des gens. Qui sont là pour nous faire plaisir, nous décevoir. Mais qui, malgré les changements, demeurent. Et quand arrive une nouvelle tête, il nous est toujours laissé le choix de rester, ou de tout quitter, encore une fois.
Encore une fois, je serai une nouvelle tête, dans un nouveau pays. Je ne peux pas vous expliquer à quel point je suis excité à l'idée de partir à nouveau vivre dans un pays étranger. Cette fois, je sais le placer sur une carte, et mieux encore, j'y vais entièrement seul. Avec en tête, l'idée que ce ne sera pas le dernier. Vous savez, au départ vous voulez un million, puis un million et un tout petit plus.
Hier, à Disneyland, ma soeur m'a demandé si je pensais que le slogan "Là où tous les rêves se réalisent" était vrai. Je lui ai dit que quand on est venu ici la première fois il l'était. Mais en fait, là où tous les rêves se réalisent, ce n'est que le domaine de l'ambition. Vivre à Disneyland serait magnifique, c'est un pays à part. Cependant, le monde à parfois besoin de vous rappeler que tous les jours ne sont pas ensoleillés, sinon à quoi vous serviraient tous ces gens qui vous entourent?
